Masterisation des postes avec Clonezilla : industrialiser le déploiement malgré Intel VMD

Compétences du Bloc B1 : B1.1 — Gérer le patrimoine informatique · B1.5 — Mettre à disposition des utilisateurs un service informatique

L’organisation et le contexte

Au sein du service informatique de l’IP2I (laboratoire de recherche en physique CNRS / Université Lyon 1), le serveur Foreman présenté dans l’article précédent fournit désormais tous les services de démarrage réseau. Restait à répondre à la vraie question du projet : comment installer automatiquement un système complet — système d’exploitation, applications, configuration — sur les postes de travail du parc, notamment les Dell Latitude récents qui équipent le laboratoire ?

Le besoin technique et l’obstacle rencontré

L’approche « classique » consiste à faire démarrer la machine sur l’installeur réseau d’une distribution Linux, puis à automatiser les réponses de l’assistant. Nous avons testé cette voie et nous nous sommes heurtés à un obstacle matériel de taille : les postes récents utilisent la technologie Intel VMD/RST, un contrôleur qui s’intercale entre le système et les SSD M.2 NVMe. Le pilote correspondant est absent de l’installeur réseau minimal de Debian : l’installeur ne « voyait » tout simplement aucun disque.

Plusieurs pistes ont été explorées méthodiquement. L’image Live complète de la distribution, qui embarque le pilote, détectait bien le disque — mais elle impose une installation manuelle via l’assistant graphique, ce qui allait à l’encontre de l’objectif d’automatisation. Nous avons été jusqu’à extraire le module pilote depuis le système de fichiers compressé de cette image Live pour tenter de l’injecter dans l’installeur réseau : le module se chargeait, mais le disque restait invisible. Ce travail d’investigation a permis de conclure en connaissance de cause : l’installation réseau classique n’était ni fiable ni maintenable sur ce matériel.

La solution retenue : le clonage d’image disque

La méthode finalement retenue renverse le problème. Plutôt que d’installer le système à distance, on prépare une seule fois un poste de référence complet — le « master » — puis on en capture une image disque intégrale (partitions, système, applications) que l’on redéploie ensuite à volonté sur n’importe quel poste du parc. L’outil choisi pour cela est Clonezilla, la référence open source du clonage de disques, intégré au démarrage réseau via Foreman.

Deux comportements ont été modélisés dans Foreman. Le mode « Capture » démarre un poste de référence sur Clonezilla et envoie son image vers le serveur. Le mode « Déploiement », déclinable pour chaque master (un master Debian minimal et un master Ubuntu bureau ont été produits), fait l’opération inverse : la machine cible démarre en réseau, récupère l’image et la restaure automatiquement sur son disque. La capture ne se fait qu’une fois ; le déploiement se répète autant que nécessaire — c’est là tout le gain : préparer un poste ne prend plus qu’un démarrage réseau et le temps de la copie, sans aucune intervention pendant l’opération.

La dimension sécurité

Les images disque contiennent des systèmes complets : leur transfert et leur stockage devaient être sécurisés. Les échanges entre le poste en cours de clonage et le serveur se font en SSH, avec une paire de clés dédiée et un compte de stockage spécifique aux images, distinct du compte administrateur du serveur. L’empreinte du serveur est vérifiée automatiquement au démarrage de Clonezilla, ce qui évite toute connexion vers un serveur usurpé — la machine cliente ne fait confiance qu’au serveur légitime. Enfin, l’ensemble du processus circule exclusivement sur le VLAN 30 isolé : ni les images, ni les postes en cours d’installation ne sont exposés au reste du réseau du laboratoire.

Ma plus-value personnelle

Ma contribution sur ce volet est double. D’abord, l’investigation technique autour d’Intel VMD : reproduire le problème, formuler des hypothèses, tester chaque piste (installeur réseau, image Live, extraction et injection du pilote) et documenter pourquoi chacune échoue ou réussit. C’est ce travail qui a justifié objectivement le choix du clonage, présenté et validé avec mon tuteur. Ensuite, l’automatisation complète de la chaîne : j’ai notamment mis en place le mécanisme qui permet à Clonezilla de s’authentifier tout seul auprès du serveur au démarrage, via un script qui récupère la clé et l’empreinte du serveur avant le clonage — sans lui, chaque opération aurait exigé une saisie manuelle, ruinant l’intérêt de l’automatisation. J’ai enfin rédigé la procédure complète en veillant à la rendre accessible : chaque terme technique (PXE, TFTP, initrd, master…) y est défini, pour qu’un technicien qui découvre le sujet puisse dérouler la procédure en autonomie. J’y ai aussi consigné les améliorations possibles identifiées, comme la détection automatique du disque cible, aujourd’hui fixé manuellement.


La procédure technique détaillée pas à pas, avec captures d’écran et commandes complètes, est disponible en téléchargement au format PDF ci-dessous.