Compétences du Bloc B1 : B1.1 — Gérer le patrimoine informatique · B1.5 — Mettre à disposition des utilisateurs un service informatique
L’organisation et le contexte
Gérer le patrimoine informatique d’un laboratoire de recherche comme l’IP2I (CNRS / Université Lyon 1), ce n’est pas seulement déployer des machines neuves : c’est aussi organiser proprement la fin de vie du matériel. Les postes réformés, donnés ou recyclés quittent le laboratoire — mais leurs disques, eux, ont pu contenir des données de recherche, des documents internes, des identifiants. Un simple formatage ne suffit pas : les données restent largement récupérables avec des outils grand public.
Le service avait donc besoin d’un processus d’effacement systématique, fiable, et surtout traçable : pouvoir prouver, pour chaque machine sortie du parc, que ses disques ont bien été effacés, quand, et selon quelle méthode.
Le besoin technique
Le cahier des charges que nous nous sommes fixé était exigeant : l’effacement devait s’intégrer à l’infrastructure de démarrage réseau déjà en place (aucune clé USB à préparer, aucun assistant à dérouler), traiter tous les disques d’une machine sans oubli possible, produire une preuve formelle de l’opération, et acheminer automatiquement cette preuve jusqu’au responsable — le tout sans aucune intervention manuelle entre le démarrage de la machine et la réception du certificat.
La solution mise en œuvre
La solution retenue s’appuie sur ShredOS, un système minimaliste dont l’unique rôle est d’exécuter nwipe, l’outil open source de référence pour l’effacement sécurisé des disques. Intégré au serveur Foreman, le processus complet se déroule ainsi : la machine à recycler est déclarée dans Foreman avec le comportement « effacement », puis démarrée en réseau. Elle charge ShredOS, qui efface automatiquement l’intégralité des disques détectés, génère un certificat PDF d’effacement (méthode utilisée, disques concernés, horodatage, statut), transmet ce certificat au serveur, puis éteint la machine.
Côté serveur, j’ai construit la chaîne de traitement qui prend le relais : un service de dépôt reçoit les certificats, un mécanisme de surveillance détecte chaque nouveau fichier dès son arrivée, et le certificat est immédiatement envoyé par courriel au responsable via le relais de messagerie du laboratoire. Du point de vue de l’équipe, l’opération se résume à brancher la machine sur le réseau de masterisation, la démarrer, et recevoir la preuve d’effacement dans sa boîte mail.
La dimension sécurité
Ce projet est par nature un projet de sécurité : il protège le laboratoire contre la fuite de données via le matériel sortant, un risque souvent sous-estimé et directement lié aux obligations de protection des données. La traçabilité est au cœur du dispositif — le certificat PDF constitue la preuve opposable que l’effacement a eu lieu, archivable pour chaque machine réformée. La puissance de l’outil impose aussi ses garde-fous, que la procédure documente explicitement : le mode automatique efface tous les disques détectés sans distinction, il est donc impératif de débrancher tout support externe avant le démarrage. Enfin, le compte de dépôt des certificats sur le serveur est un compte dédié et confiné à son seul dossier de réception, sans accès au reste du système.
Ma plus-value personnelle
L’effacement en lui-même existait sous forme d’outil ; ma contribution a été d’en faire un service complet et autonome. J’ai conçu et assemblé toute la chaîne aval — réception des certificats, surveillance automatique des arrivées, envoi immédiat par courriel — en la construisant comme un vrai service système : elle démarre avec le serveur et fonctionne sans supervision. J’ai également apporté un soin particulier à la testabilité : la procédure inclut un test complet de la chaîne de bout en bout sans effacer le moindre disque, en déposant un fichier factice et en vérifiant sa réception par courriel. Ce réflexe — pouvoir valider un dispositif sans déclencher son action destructive — me paraît essentiel sur un outil de cette nature. Enfin, la procédure rédigée explique chaque construction utilisée, y compris pour un lecteur débutant, afin que le service reste exploitable et maintenable après mon départ du laboratoire.
La procédure technique détaillée pas à pas, avec captures d’écran et commandes complètes, est disponible en téléchargement au format PDF ci-dessous.